Reims vient de perdre un être d'exception en la personne d'Olivier Rigaud, brutalement disparu le 15 mars dernier.
Peu de Remois peuvent prétendre avoir pour la ville  la même passion fidèle ,méthodiquement alimentée par des recherches qu'il n'a cessé de mener tout au long de sa carrière aussi discrète qu'efficace.
Ceux qui l'ont connu savent avec quelle générosité et quelle complaisance il partageait ses connaissances et ses trésors iconographiques.
Que le souvenir que nous gardons de lui soit à ll'image de la qualité de l'homme et du savant qu'il a su être.

Marie-Luce Colas

 


Son dernier article dans le numéro 30 de décembre 2012

 

La Villa Douce a 80 ans


Olivier RIGAUD
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                Architecte du Patrimoine Reims Métropole

 

 

 

André Douce naît à Reims le 10 avril 1881 et décède dans la même ville le
9 juillet 1948. Il est président de la Société des Amis du Vieux Reims de
1943 à 1948.

Photographie collection de la Société des Amis du Vieux Reims Musée
Hôtel Le Vergeur, Reims.


Le notaire André Douce (1881-1948) succède à son père Paul le 21 mai 1909. Ayant dû quitter la ville de Reims bombardée, il est à Troyes fin juillet 1916 puis à Saint Brieuc en juillet-août 1916. André Douce demeure à Paris rue de Babylone en 1920 puis à Reims rue Werlé en 1921. Il perçoit des Dommages de guerre pour le 21 de la rue du Cloître. C'est le 17 novembre 1928 qu'est signé l'arrêté de permis de construire de son hôtel particulier. Maître André Douce entreprend donc en 1928 la construction d'une étude notariale et d'un hôtel particulier au 9 boulevard de la Paix à l'emplacement de plusieurs bâtiments édifiés là par la famille Wenz à la fin du XIXe siècle. Ces constructions sont peu touchées pendant la Première Guerre mondiale. C'est ainsi que ces lieux peuvent abriter dès 1919 le siège du Retour à Reims, association d'entraide aux sinistrés dont Marthe Douce sera longtemps la trésorière.
 


LE  MAGASIN  DU BOULEVARD DE LA PAIX
 

Photographie extraite de la brochure "Pour que Reims ressuscite",
publiée par l'imprimerie du Courrier de la Champagne en 1919.
Coll de la S.A.V.R.

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André Douce fait appel à son condisciple du lycée de Reims Pol Gosset, fils de l'architecte Alphonse Gosset, architecte du Grand-Théâtre (aujourd'hui Opéra), des celliers Kunkelmann (Piper-Heidsieck, aujourd'hui disparus), des celliers Mumm situés rue du Champ de Mars et enfin de la basilique Sainte-Clotilde. Pol étant l'un des derniers enfants d'Alphonse, il est trop jeune quand son père décide de laisser son agence qu'il lègue à son gendre Max Sainsaulieu. Pol Gosset part alors comme ingénieur pour le port de Casablanca. Le travail diminuant au Maroc, il revient en métropole, notamment à Reims où le travail ne manque pas en raison de la reconstruction. Il obtient tout d'abord le gros chantier du grand Familistère des Docks Rémois à l'angle des rues de Vesle et de Talleyrand qui sera inauguré en 1928 au moment où il commence à travailler pour André Douce. Il réalisera également plusieurs petits immeubles à Reims ou aux environs abritant une enseigne du Familistère et le logement du gérant de la succursale.

Dessins et plan issus du fonds Pol Gosset 1928  



 


Pour André Douce, Pol Gosset dépose simultanément les deux dossiers de l'étude et de l'hôtel particulier qui se modifient au fur et à mesure au début du chantier passant d'un style très traditionnel avec statues et niches à un style beaucoup plus dépouillé, tout à la fois pour des raisons de goût du propriétaire mais


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également des raisons financières. La particularité principale de l'édifice est son grand salon de musique. Est-il de Pol Gosset ? La légende veut qu'il soit dû à Jacques Debat-Ponsan, l'architecte de l'hôtel de ville de Boulogne-Billancourt mais aucun document du fonds de Pol Gosset ne fait apparaître l'intervention de son confrère.



 Le grand salon de musique, état 1986. Photo Olivier Rigaud

 

En dehors du salon de musique, la deuxième innovation est une importante cage d'escalier desservant le premier étage occupé par les chambres des maîtres de maison et de leurs deux filles Jacqueline et Geneviève. Indépendamment, un escalier de service dessert tout à la fois les cuisines et le garage au sous-sol, les deux niveaux nobles et les étages supérieurs.
 

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Le grand escalier, état 1986. Photos Olivier Rigaud


Les photos des années trente nous montrent la façon dont sont meublées les pièces principales avec un mobilier classique et non pas d'un style contemporain. Seul le salon de musique présente un mobilier spécifique avec des banquettes et un jeu de miroirs. C'est la principale pièce de réception, c'est là que se déroulèrent tout à la fois les grandes cérémonies familiales comme les réceptions à l'occasion des mariages des filles et les nombreux concerts où intervinrent nombre de jeunes talents. Un dispositif élaboré permet d'écouter les concerts par un jeu d'écoutilles sur le toit de la terrasse recouvrant la salle de musique. André Douce prit le relais de Georges Charbonneaux comme président de la Société Philharmonique de Reims après le décès de ce dernier en 1934 après avoir préparé avec lui la saison 1933-1934.
Les travaux sont terminés en 1932 et une grande fête de nuit est donnée à la Villa Douce le 5 juillet 1934. Les Douce rejoignent ainsi les grandes familles du boulevard de la Paix : les Montfeuillart au 3, (habité par Voos en 1931], les Maquin au 5 (1931), les Debar au 23 (1931), les Bertrand au 33-35...


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L'intérieur en 1932   
 

 

 

 

Archives Pol Gosset

 

 

Archives Pol Gosset

 

 

Archives Pol Gosset


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L'activité d'André Douce dans le domaine musical fut considérable et appréciée de tous, soit qu'il anime la Société Philharmonique, soit qu'il facilite l'audition d'artistes à titre privé, soit encore qu'il encourage de jeunes talents ou qu'il retrace la biographie de musiciens célèbres.

Ancien président de l'Académie Nationale de Reims, membre du Comité d'administration du lycée de Reims, président de l'Association des anciens élèves du lycée de Reims, président des Amis du Vieux-Reims, membre de la Commission de surveillance du musée des Beaux-arts de Reims, trésorier de la Société philharmonique de Reims, trésorier des Consultations des nourrissons, membre du comité de la Société protectrice de l'enfance, membre du conseil de la Caisse des écoles maternelles, président de l'Hospitalité de nuit... André Douce exerce jusqu'au 25 mai 1944 et décède en 1948.

Son épouse, née Marthe Jacquot, était également une grande musicienne, cantatrice de renom. Madame Douce (1885-1982) déploya elle aussi des activités multiples : elle est conseillère du Retour à Reims en 1924 puis succède à Mme de Polignac comme trésorière de la même association en 1929. Elle conserve ce poste de 1924 à 1955. En 1955, au décès de Mme Krug, Madame Douce devient présidente du Retour à Reims. En 1968, elle cède la présidence à Mme Lucile Ardon mais demeure présidente d'honneur de 1969 à 1982.
 

Après le décès de son époux, l'étude notariale est reprise par leur gendre Henri Gain. Madame Douce continue d'habiter les étages nobles de la maison, sa fille, son gendre et ses petits enfants logent aux étages supérieurs transformés en appartement autonome. Marthe Douce décède en 1982 presque centenaire. Son gendre meurt quant à lui en 1984.

Collection Olivier Rigaud


La villa Douce en 1986

Les héritiers mettent la propriété en vente, des promoteurs rencontrent le premier adjoint au maire, Jean-Louis Schneiter en lui demandant s'il pense que l'étude et la maison pourraient être démolis pour laisser la place à un important programme de bureaux ou de logements comme il s'en est réalisé de nombreux dans le secteur depuis les années 1970. L'élu les en dissuade. Les bâtiments seront rachetés en juillet 1986 par la SOREFI Champagne-Ardenne, la SOciété REgionale de Financement des Caisses d'Epargne. De mars à mai 1987 des travaux d'aménagement de la Villa sont effectués. La transformation en bureaux sera l'œuvre de l'architecte Jean Baptiste Michel déjà intervenu à Reims sur des édifices de cette période : la façade de l'ensemblier Larchevêque rue du Cadran Saint Pierre ou l'hôtel Holiday Inn qui conserve la façade de l'ancien garage Peugeot de la rue Buirette. L'essentiel des caractéristiques de l'édifice sor#respectés, mais le premier étage et les étages supérieurs sont transformés en bureaux. La salle de musique devient une salle de réunions mais continue d'avoir de temps à autre un rôle musical. La deuxième assemblée générale de la SOREFI à la Villa se déroule dans les locaux de la villa Douce le 19 mai 1987, l'inauguration de la SOREFI Champagne-Ardenne a lieu le 17 octobre 1987.


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Photos Olivier Rigaud. Etat 1988

La villa Douce aujourd'hui

En 1992, la SOREFI étant supprimée, son directeur Paul Samuel ayant des craintes, effectue une demande de protection de la villa au titre des Monuments historiques. La COREPHAE prend cette inscription le 29 juin 1992 : Façade et toiture, hall d'entrée et cage d'escalier avec son décor (console, luminaire, rampe) salle de musique et cheminée. Depuis mai 1994, la villa Douce abrite la présidence et les services centraux de l'Université de Reims-Champagne-Ardenne. La grande salle de musique continue à accueillir différentes manifestations culturelles : conférences, expositions, concerts, notamment cette année dans le cadre du 80e anniversaire.


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Un projet de grand campus universitaire sur le site de Croix-Rouge est à l'étude : il devrait regrouper dans un site unique les facultés de Lettres, Droit et Sciences économiques et la présidence de l'Université de Reims-Champagne-Ardenne. Le départ de la Villa Douce est prévu.

Dans le cadre des manifestations du 80e anniversaire de la construction, il a été demandé à différentes écoles d'architecture de France et de Belgique de faire travailler leurs élèves sur ce que pourrait devenir le bâtiment de la Villa Douce après le départ de la présidence afin d'y maintenir le caractère culturel qui en a fait la renommée.

Evénements 2012

9 février 2012 : . . . . . . . . . . . Mise en lumière de la villa par Jean-Jacques Frémeaux.
                                              Exposition de photos de Pascal Stritt dans la cage d'escalier.

29 mars 2012 : . . . . . . . . . . . Conférence en tandem Jean Baptiste Michel : la villa.
                                              Olivier Rigaud : « la vie culturelle du quartier 1925-1970 ».

Mai 2012 : . . . . . . . . . . . . . . Concert des élèves du Conservatoire.

4 octobre 2012 : . . . . . . . . . . Conférence sur la restauration-transformation Jean Baptiste Michel

15 décembre 2012 : . . . . . . . Concert avec Césaré.
 



 
 


9 février 2012. Photos Olivier Rigaud


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