ALBRECHT DÜRER

Un voyage au coeur des principales scènes de l'Apocalypse de Saint Jean, imaginées par Albert Dürer :


Quinze gravures originales sur bois, à découvrir dans le musée, lors de la visite.


Article paru dans Regards sur notre Patrimoine, N° 7, juin 2000]


La collection des gravures d’Albrecht Dürer,
donation des familles Chatelin-Charbonneaux


Parmi les joyaux du Musée, deux séries de gravures sur bois d’Albrecht Dürer, "L’Apocalypse" et la "Grande Passion", complétées de quelques autres œuvres maîtresses de l’artiste, retiennent particulièrement l’attention : au total une quarantaine de pièces, jugées exceptionnelles par la qualité de leur tirage et leur état de conservation, et datant des années de leur création. Il semble que nous détenions un exemplaire de la deuxième édition de l’Apocalypse de 1511, qu’Albrecht Dürer aurait lui-même gravée et éditée, la première datant de 1498.


Pareil trésor a une histoire, indissociable des noms de "Charbonneaux-Lelarge", mais à l’origine directement liée à la personne même de Georges Charbonneaux. C’est plus tard, grâce au don que le Docteur et Madame Philippe Chatelin en firent à la Société des Amis du Vieux Reims, qu’il rejoignit les collections du Musée.


Si Georges Charbonneaux sut assumer de lourdes responsabilités dans le domaine des affaires et être un précurseur dans une entreprise de logement social qui fut et reste aujourd’hui encore une référence, il était également un homme d’une grande culture et un collectionneur passionné et avisé. Il aimait organiser des soirées musicales, des conférences littéraires et "n’hésitait pas à acquérir des œuvres d’art, anciennes et contemporaines, pour lesquelles il savait s’entourer des meilleurs experts" (Henri Druart).


Nous savons peu de choses des circonstances de ces acquisitions par Georges Charbonneaux, si ce n’est qu’elles se firent, le plus souvent, par l’intermédiaire de marchands spécialisés à Paris (Guyot), à Vienne et en Allemagne, ainsi que lors de ventes que ces derniers lui signalaient. C’est probablement en 1929 qu’il fit l’acquisition chez Gilhofer, un marchand de Vienne, des 16 gravures sur bois de l’Apocalypse, accompagnées au verso du texte de saint Jean en latin, et provenant peut-être de la collection Leroy-LaTheux. Ses descendants directs semblent penser que la plupart des gravures  furent achetées entre les années 1928 et 1933 …


Toujours est-il que c’est un ensemble très représentatif et très cohérent de l’œuvre de l’artiste et des techniques utilisées qu’il sut constituer. Parmi les autres œuvres que le Musée a la chance d’abriter aujourd’hui, citons les onze planches et le frontispice de la "Grande Passion", les portraits de l’Empereur Maximilien d’Autriche et de son secrétaire Ulrich Varnbuler, l’ensemble de quatre gravures sur bois de "La Petite Passion", qui marque le lien symbolique du passage de l’Ancien au Nouveau Testament et quelques gravures sur cuivre à l’eau forte ou au burin, comme "Adam et Eve", où l’on peut lire l’influence qu’eut sur l’œuvre d’Albrecht Dürer son voyage en Italie.


Si Georges Charbonneaux fut à l’origine de cette collection, ce sont ses enfants, le Docteur et Madame Philippe Chatelin (Jeanne, la fille unique qu’il avait eue de son mariage avec Marguerite Lelarge) qui en furent les généreux donateurs, quelques années après sa mort.

Cette partie de l’histoire nous est mieux connue.


Tous deux souhaitaient partager entre leurs enfants les gravures dont ils avaient hérité et, "afin de perpétuer la mémoire de cet homme, faire un don à un musée privé".


Le Docteur Chatelin s’adressa à Henri Druart, alors Président de la Société des Amis du Vieux Reims, en qui il avait toute confiance et qui était un grand ami d’Henri Lelarge, son neveu.


Les quarante gravures furent alors l’objet de dons successifs, entre les années 1962 et 1967, à commencer par le portrait de l’Empereur Maximilien, suivi de L’Apocalypse et de la Grande Passion, qui furent remises en liasses en novembre et décembre 1964.


Le Docteur Chatelin veilla de près, avec Henri Druart, aux conditions de leur installation : il choisit la salle où elles seraient exposées (le salon du 1er étage de l’Hôtel), fit confectionner par les Compagnons du Devoir les vitrines qui les abriteraient, confia à la Maison Drouaillet à Reims le soin de les encadrer. Dans l’intervalle des cinq années que durèrent ces opérations, elles furent tour à tour entreposées au domicile même de Henri Druart !


Le don fut officiellement remis à la Société le 27 mars 1967, au cours d’une cérémonie que ses auteurs avaient voulue simple et intime : seuls quelques amis, au nombre de 24, étaient réunis dans la Salle Gothique du deuxième étage. Pas de représentants officiels de la Ville, ni de publicité ; les donateurs ne voulurent même pas que leur nom figure dans le salon, désormais dit "Salon des Dürer". Ils estimaient en effet "n’agir qu’en simples intendants pour assurer le passage de ces œuvres d’un patrimoine personnel à un patrimoine semi-public".

Une exposition en fut faite durant l’été de la même année, et c’est en 1968 que le Salon fut ouvert au public.


Plus tard, des taches apparurent sur certaines gravures, en rapport avec l’emploi malencontreux de colle scotch lors de leur encadrement, et nécessitèrent de les faire nettoyer. Après beaucoup d’hésitations et de démarches, le soin en fut confié au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque Nationale qui procéda alors à une véritable expertise de l’ensemble et conclut que, outre l’authenticité et l’homogénéité du legs, "il y avait là une des plus belles séries complètes de l’Apocalypse et de la Grande Passion".


Le dépôt fut signalé aux autorités compétentes et fit l’objet en 1971 d’une inscription en 1ère catégorie des œuvres d’art à protéger en cas de conflit armé, c’est à dire à évacuer sous la responsabilité des autorités compétentes.


Il va sans dire que toutes les précautions furent prises au Musée pour assurer leur protection, leur conservation... et, disons le également, leur mise en valeur, en "fidèles intendants" à notre tour, selon la promesse qu’en fit Henri Druart au Docteur et Madame Philippe Chatelin.


C’est bien là le plus grand hommage que l’on pouvait rendre à la mémoire des uns et des autres, en attendant que le premier étage du Pavillon Coquebert restauré soit leur prochain écrin !

                        Françoise de BOISE

                        Secrétaire

 

  

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